Qui aurait cru qu’une simple notification pouvait déclencher une tempête politique ? Et pourtant, c’est ce qui s’est passé. Tout a commencé le lundi 24 mars lorsque Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef de The Atlantic, a été ajouté par erreur à une groupe de discussion sur Signal.
Ce qu’il faut savoir c’est qu’il ne s’agit pas n’importe quel groupe ! Celui-ci, nommé Houthi PC small group, réunit 18 des plus hauts responsables du gouvernement américain. Parmi eux figurent le vice-président J.D. Vance, le directeur de la CIA John Ratcliffe et le secrétaire de la Défense Pete Hegseth.
Que s’est-il passé ?
Vous devez sans doute vous dire qu’un tel groupe de discussion n’a pas été conçu pour parler de tout et de rien. Et bien, vous avez raison.
Les membres y échangeaient des informations hautement sensibles sur des frappes menées le 15 mars par les Etats-Unis contre les rebelles houthistes au Yémen.
Le journaliste a ainsi eu accès, pendant plusieurs jours, à des messages détaillant les plans d’attaques et les horaires précis des frappes. Mais ce n’est pas le pire.
Après avoir publié une version expurgée de ces échanges, The Atlantic a décidé d’enfoncer le clou en dévoilant l’intégralité des discussions sur Signal, ce qui a transformé l’affaire en véritable scandale d’État.
Vous savez pourquoi ? Parce que ces échanges démontrent que l’administration a menti. Je vous explique.
Au fait, quand la version expurgée des discussions a été publiée, le gouvernement a assuré officiellement que les messages ne contiennent pas des détails opérationnels sensibles.

Or, ils contenaient bel et bien tout. L’un des messages les plus compromettants a été écrit par Pete Hegseth, le dimanche 15 mars à 11 h 44.
Il a envoyé à ses collègues une « mise à jour équipe » :« La météo est FAVORABLE. Viens de CONFIRMER avec CENTCOM [le commandement militaire au Moyen-Orient] le FEU VERT lancement de mission. »
S’ensuit une liste détaillée des horaires et des armes utilisées. 12 h 15 (heure de Washington) : Déploiement des premiers F-18 pour une frappe initiale. 14 h 10 : Lancement du deuxième assaut aérien. 14 h 15 : Arrivée des drones de frappe sur cible.
La réaction du gouvernement et de Donald Trump
Malgré le scandale que Signalgate a engendré, la Maison-Blanche le minimise. Lors de son point presse mercredi, Karoline Leavitt, porte-parole de l’administration, a balayé l’affaire en évoquant un simple canular Signal.
Selon elle, The Atlantic n’a pas révélé de véritables plans de guerre. Seulement un plan d’attaque qui, même divulgué, n’aurait pas permis aux ennemis de l’Amérique de s’interposer.
Le même argument est repris par Mike Waltz, conseiller à la sécurité et organisateur du groupe de discussion. Il a écrit sur X : « Pas de lieux. Pas de sources & méthodes. PAS DE PLANS DE GUERRE. Les partenaires étrangers avaient déjà été informés de frappes imminentes. EN RÉSUMÉ : le président Trump protège l’Amérique et nos intérêts. »
No locations.
No sources & methods.
NO WAR PLANS.
Foreign partners had already been notified that strikes were imminent.
BOTTOM LINE: President Trump is protecting America and our interests.
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De son côté, Tulsi Gabbard, récemment auditionnée au Sénat, reconnaît que la conversation était sensible. Il a laissé entendre que Pete Hegseth a en quelque sorte déclassifié les plans d’attaque en les partageant ainsi.
« Au bout du compte, le secrétaire à la Défense a l’autorité de classifier ou déclassifier. »
Donald Trump, lui, est fidèle à son style. Il a défendu Mike Waltz, le qualifiant d’ « homme bien qui a pris sa leçon ». Si vous êtes comme moi, vous devez vous aussi vous dire que malgré les propos du président, cette affaire ne sera pas sans conséquence.
Cela dit, interrogée sur d’éventuelles sanctions, la porte-parole Karoline Leavitt a déclaré : « Je viens juste d’en parler au président et il continue à avoir confiance dans son équipe de sécurité nationale. »
Et le meilleur pour la fin ! Trump a également attaqué Jeffrey Goldberg et The Atlantic, les classant respectivement de « sac à merde » et de « magazine raté ».
Signalgate, une affaire juridique en cours
Alors que le Parti républicain faisait bloc derrière Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche, cette affaire commence à diviser.
Le sénateur du Missouri Roger Wicker, à la tête de la commission des services armés, a annoncé une enquête parlementaire. Il a même demandé une investigation de l’inspecteur général de la Défense.
La commission sénatoriale du renseignement, dirigée par Tom Cotton, sénateur républicain de l’Arkansas, va également examiner le dossier.
D’ailleurs, certains élus républicains comparent déjà cette polémique au scandale des emails d’Hillary Clinton en 2016. La sénatrice Lisa Murkowski, d’Alaska, souligne que jamais le Congrès n’aurait toléré une telle négligence sous une administration démocrate.
Quoi qu’il en soit. La Maison-Blanche a annoncé une enquête interne pour comprendre comment Jeffrey Goldberg a pu se retrouver dans cette discussion. Elon Musk a même proposé son aide pour. Il collaborera donc avec le Conseil national de sécurité et la direction juridique.
En parallèle, le think tank progressiste American Oversight a porté plainte contre cinq membres du cabinet Trump pour violation des règles d’archivage des échanges officiels.
Aux États-Unis, les membres du gouvernement sont tenus par la loi de conserver et d’archiver leurs communications officielles. Elles font partie du registre public et pourront ainsi être consultées plus tard pour des enquêtes ou des questions de transparence.
Or, ici, les responsables ont utilisé Signal. Une application qui permet d’envoyer des messages cryptés et qui offre une option pour que ces messages s’effacent automatiquement après un certain temps.
Et devinez quoi ! Cette affaire sera jugée par James Boasberg. Un magistrat que Donald Trump a déjà tenté de faire destituer pour s’être opposé à des expulsions massives vers le Salvador.
Bref, ça ne fait que commencer !
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